Le management du digital
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Marie-Claude Poelman, DSI de Nature & Découvertes, fait la chasse au papier

La chaîne de magasins dédiés à la nature a insufflé l’esprit Green IT dans toutes ses activités. Y compris à la DSI. Avec un bilan économique très favorable.

BPSI Dans quel contexte avez-vous engagé votre démarche Green IT ?

Marie-Claude Poelman L’entreprise a été certifiée ISO 14001, en 2000 pour les activités administratives et conceptuelles du siège social, en 2004 pour l’activité logistique de l’entrepôt et en 2006 pour les magasins. De fait, le système d’information s’inscrit directement dans la réussite de cette certification que l’on doit quantifier d’année en année pour déterminer l’amélioration continue et conserver notre certification. La certification repose sur trois principes essentiels. D’abord, une conformité réglementaire pour identifier les écarts et montrer s’ils sont majeurs ou non. Ensuite, un processus d’amélioration continue des performances, afin d’établir un état zéro et de montrer les progrès obtenus. Enfin, le troisième principe concerne la prévention des pollutions, pour connaître les risques et les maîtriser. Nous respectons « l’ADN » de l’entreprise Nature & Découvertes en utilisant le système d’information comme vecteur de la démarche développement durable.

BPSI Que représente pour vous le développement durable ?

Marie-Claude Poelman C’est d’abord une vraie démarche transversale dans l’entreprise. Je définis le développement durable comme un mode de développement économique cherchant à concilier le progrès économique et social et la préservation de l’environnement, considérant ce dernier comme un patrimoine à transmettre aux générations futures. Cela repose sur trois composantes : sociale, environnementale et économique. Pour parler de développement durable, il faut que les trois soient réunies. Si c’est seulement l’environnement et le social, on parlera de développement vivable, si c’est l’économique et le social, on parlera de développement équitable et si c’est l’environnement et l’économique, on parlera alors de développement viable.

BPSI Quelles sont les grands principes d’une démarche Green ?

Marie-Claude Poelman La première étape consiste à sensibiliser les équipes. Ainsi, toutes les équipes du siège ont été invitées à la première du film d’Al Gore sur le réchauffement climatique. De même, des petits déjeuners sont organisés au siège avec des intervenants extérieurs sur des sujets comme le rayonnement électromagnétique, la disparition des espèces... Nous avons également invité nos collaborateurs à l’Université de la Terre organisée à l’Unesco, ainsi qu’à visiter d’un centre de démantèlement du matériel informatique.

Deuxième étape : l’alignement stratégique au sein du système d’information. Toutes les directions opérationnelles sont concernées et c’est la direction générale qui impulse le projet. La direction des systèmes d’information, pour sa part, a des objectifs précis en termes de développement durable et c’est directement lié au salaire variable. En ce qui me concerne, la part variable représente jusqu’à 2,5 mois de salaire. Et nous avons mis en place un système de « notes de frais CO² ». Les déplacements se font en train, dans la mesure du possible, et nos véhicules sont hybrides (des Toyota Prius). Depuis trois ans, nous avons d’ailleurs une responsable de la « comptabilité verte ».

La troisième action consiste à organiser des réunions de créativité, les équipes informatiques ont toujours des bonnes idées. Là encore, toute l’équipe de la DSI est concernée. Ces réunions sont très utiles pour exprimer des idées et les mettre en œuvre, par des gestes simples (paramétrage de la veille pour les écrans, noir et blanc par défaut pour les imprimantes...), mise à disposition d’outils logiciels de mesure (impact), recherche de matériel (PC et écran à faible consommation d’énergie, client léger...), actions sur les consommables (toner, papier recyclé...). Il s’agit d’évoluer techniquement vers des nouvelles technologies moins consommatrices, d’arrêter les serveurs non utilisés la nuit, de rechercher les machines sous-utilisées. Dans les magasins, nous avons installé des imprimantes multifonctions, mutualisé les impressions et les ordinateurs de bureau. Autres actions que nous avons entreprises : la suppression des éditions automatiques de chiffre d’affaires dans les magasins au profit d’un abonnement pour recevoir les données en push, l’utilisation de matériel zéro LED (par exemple dans la salle machines), le don de matériels aux associations pour prolonger la durée de vie...

Quatrième principe : rédiger un cahier des charges pour l’achat des matériels. Ainsi, de nouveaux critères sont pris en compte : la taille et les caractéristiques des matériels (encombrement, dégagement de chaleur), des équipements facilement démontables, des critères de consommation et de refroidissement, la possibilité de recycler le matériel plutôt que de le retraiter, des matériels multifonctions. Nous privilégions également le client léger, qui consomme 10 W au lieu de 150 à 200 W pour les clients lourds. Par exemple, notre système d’information ressources humaines est en client léger depuis septembre 2008. En matière d’amortissement, nous avons retenu cinq ans pour les serveurs, en jouant au maximum sur les extensions de garantie des constructeurs, et quatre ans pour les portables.
La cinquième étape correspond à la définition d’une ligne directrice pour l’écriture des programmes. D’une part, le papier est banni pour tous les états. Nous privilégions l’affichage à l’écran et l’édition de fichiers pour l’ensemble de l’entreprise (siège social, magasins, entrepôts). Nous avons également diminué la longueur de nos tickets de caisse et proposé des abonnements à des mailing lists, notamment pour les données sur les chiffres d’affaires par magasin ou la création d’articles. D’autre part, nous avons installé des serveurs ftp pour la mise à disposition des données : un serveur ftp privé avec un accès pour chaque service (Active Directory) permet de récupérer des données directement sur le poste de travail. Pour l’EDI fournisseur, nous disposons d’un serveur ftp public avec mise à disposition des commandes et des ventes.

La sixième étape s’attache à modifier la politique de renouvellement des matériels. Ainsi, les postes sont changés en fonction de l’utilisateur et nous privilégions les fédérations d’applications (n machines virtuelles sur un serveur physique). De même, des postes de travail plus anciens sont conservés pour les stagiaires, qui n’ont souvent besoin que de certaines fonctions bureautiques de base, ou donnés au personnel et aux associations qui en font la demande.

Enfin, la dernière étape porte sur le choix de nouvelles technologies. Pour les entrepôts, l’installation de terminaux Wi-Fi a supprimé l’impression de listings. Pour la formation, nous insistons sur l’e-learning, d’où une diminution du nombre de déplacements des stagiaires. Et pour les magasins, nous disposons d’un outil de call-conference.

BPSI Quel bilan tirez-vous ?

Marie-Claude Poelman Nous avons constaté une très nette diminution de la consommation de papier, alors que le nombre de nos clients a augmenté (6,295 millions en 2008, soit + 9 %). Nous sommes ainsi passés d’une consommation de 3,9 tonnes de papier pour les listings en 2006 à 3,3 tonnes en 2007 et à 1,5 tonne pour les dix premier mois de 2008. Pour les ramettes de papier, nous sommes passés de 7,5 à 7,2 tonnes. Quant aux bobines de caisse, la consommation est passée de 5 tonnes en 2006 à 4,9 tonnes en 2007 et à moins de 3 tonnes pour les dix premiers mois de 2008 alors que le nombre de nos clients a augmenté dans le même temps de 9 %... Le bilan carbone est, lui aussi, positif : en tonnes équivalent CO², la réduction a été de 24 % pour l’énergie (de 615 à 470 tonnes entre 2006 et 2007), et pour le transport de marchandises, nous sommes passés de 2 555 tonnes à 2 360 tonnes, soit une baisse de 8 %. La moitié de la consommation de CO² concerne le transport, de marchandises ou de personnes. Il nous reste toutefois plusieurs actions à mener : d’abord, déployer VMware sur l’ensemble du parc de serveurs dans les magasins, en fonction du renouvellement des matériels, et chiffrer les économies d’énergie. Il nous faut, ensuite, poursuivre l’amélioration des ratios dans le cadre de la norme ISO 14001 et chiffrer les économies électriques pour le site central : 44 % du TCO d’une salle informatique concernent l’électricité et le refroidissement. Enfin, il nous reste à rationaliser l’espace disque et les sauvegardes par la mise en place d’une solution de gestion documentaire.

Les best practices de Marie-Claude Poelman

  • Sensibiliser les équipes informatiques au développement durable.
  • Intégrer des objectifs de développement durable dans la rémunération variable.
  • Instituer des « notes de frais CO² ».
  • Paramétrer les écrans de veille sur les postes de travail.
  • Privilégier les équipements à faible consommation électrique.
  • Identifier les machines sous-utilisées.
  • Conserver les machines au-delà de trois ans.
  • Investir dans le client léger.
  • Mutualiser les équipements d’impression.
  • Proposer des services de mailing lists avec abonnement pour limiter les impressions systématiques.
  • Privilégier les outils de collaboration à distance (e-learning, call conference...).

Les « best practices » d’IDC et de Christian Grellier, DOSI de Bouygues Immobilier

La conférence IDC Green IT a été l’occasion de rappeler les éléments-clés d’une démarche Green IT :

  • Calculer le vrai coût de revient de l’équipement IT sur tout le cycle de vie.
  • La consolidation du centre informatique est le meilleur moyen de fournir de l’énergie aux équipements informatiques tout en allégeant les contraintes d’espace et en réduisant la consommation énergétique moyenne par serveur.
  • L’achat de nouveaux équipements, tels que la technologie multicœur, ajoute plus de puissance avec moins de serveurs.
  • Privilégier les serveurs lames : moins de composants, de câblage, densité de serveurs plus forte. La combinaison lames-multicœur permet une réduction sensible de l’énergie consommée, face à un système en rack. Combinée avec la technologie multicœur, la densité de processeurs peut être multipliée par 2,6.
  • La virtualisation de serveurs permet de renforcer les stratégies de consolidation de l’infrastructure serveurs : 48 % des grands comptes ont adopté la virtualisation, 35 % des serveurs acquis en 2007 par ces entreprises ont été virtualisés, 52 % des serveurs achetés en 2008 devraient l’être.
  • La virtualisation s’étend désormais aux postes de travail, réduisant la consommation électrique moyenne des environnements distribués.
  • Transformer les systèmes de refroidissement en utilisant des systèmes à eau, des systèmes auxiliaires et des outils de gestion afin de réduire les coûts énergétiques.

Les best practices de Christian Grellier, DOSI de Bouygues Immobilier :

  • Encourager des comportements éco-responsables des collaborateurs : impression raisonnée, extinction nocturne des PC, recyclage des consommables...
  • Devenir une DSI éco-responsable : démarche achats groupe (clauses développement durable), prolongement de la durée de vie des matériels (quatre ans), choix délibéré de ne pas installer Vista (efficacité vs effet « waouh » ), mutualisation des centres informatiques et virtualisation.
  • Utiliser des outils générant des économies d’énergie : visioconférence, ubiquité du SI, dématérialisation et GED.
  • Gérer la consommation électrique de la bureautique : travailler la consommation de chacun des éléments (ordinateurs, imprimantes, serveurs...), dématérialiser les documents (utilisation de scanners...), définir une nouvelle organisation du travail (localisation des imprimantes, utilisation d’ordinateurs portables qui consomment trois fois moins qu’un fixe...), la visioconférence permet d’économiser 30 à 60 % des voyages dans une entreprise.

Les entreprises françaises à la traîne

Le Green IT fait-il vraiment partie de la stratégie des DSI ? Apparemment non. Selon le baromètre IDC-Dell réalisé en 2008 auprès d’une centaine de grandes entreprises, six sur dix n’ont pas de stratégie Green IT pour les environnements distribués (postes de travail, imprimantes, serveurs distants...), huit sur dix ne disposent pas d’outils de gestion et d’automatisation pour optimiser l’efficacité énergétique de leurs centres informatiques. Côté consommation électrique, « un centre informatique typique de 2 000 m² représente une facture mensuelle d’électricité de 200 000 euros », calcule Karim Bahloul, pour qui les coûts énergétiques des centres informatiques seront plus importants que les coûts d’équipements à l’horizon 2015. Malheureusement, 56 % des directions informatiques n’ont aucune idée de leur besoin en énergie électrique, 70 % ne savent pas estimer la facture électrique de leurs centres informatiques et seules 5 % des directions informatiques payent la facture électrique de leurs centres informatiques. Il est vrai que les obstacles demeurent : ils tiennent à la fois à l’arbitrage entre les priorités (manque de compétences en interne, manque de temps...), aux méthodes (absence de mesure d’effets des initiatives Green IT, pas de responsable identifiée, pas de standards ou de benchmark) et au support.

Les coûts d’exploitation d’un centre informatique en 2008
Postes de coûts Poids dans le coût total
Maintenance et administration 67 %
Électricité 13 %
Sécurité 10 %
Autres 6 %
Location 4 %
Source : IDC

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Philippe Rosé

Philippe Rosé

Docteur en sciences économiques et auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le management des systèmes d’information, Philippe Rosé est rédacteur en chef des publications Best Practices.

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  • Symposiums Gartner Rétrospective 2017-2021

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