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Le Maroc déploie un PMO à l’échelle nationale

Pour piloter une vaste réforme de son système éducatif, le ministère de l’Éducation nationale marocain a mis en œuvre une stratégie opérationnelle basée sur la gestion de portefeuille de projets. Une démarche pilotée par Abdelhaq El Hayani, directeur de la stratégie, des statistiques et de la planification au ministère.

En 2008, le Maroc a lancé un vaste programme d’urgence afin de réformer en profondeur son système éducatif. Les enjeux sont de taille : il s’agit de créer de la valeur pour sept millions d’élèves, 24 700 établissements, 270 000 enseignants et 10 000 chefs d’établissement. Le programme doit être déployé dans 16 régions et 83 délégations provinciales.

Face à un tel challenge, le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique et la secrétaire d’État chargée du département de l’Enseignement scolaire ont souhaité s’appuyer sur les bonnes pratiques du management et de la gouvernance. Le ministère a donc choisi de mettre en place un bureau des projets (Project Management Office, PMO). Celui-ci est chargé de mettre en place les dispositifs opérationnels et le pilotage nécessaires pour réussir la réforme. Déployé à l’échelle nationale, il s’agit du plus gros projet de PMO du bassin méditerranéen.

BPSI Quelles sont les origines du programme d’urgence ?

Abdelhaq El Hayani Fin 2008, le ministère de l’Éducation nationale marocain a présenté un programme qui proposait une vision sur quatre ans des actions à mener pour réformer le système éducatif du pays. Il s’inscrivait dans la continuité de la Charte nationale de l’éducation et la formation, définie en 2000, tout en apportant des mécanismes concrets et pratiques pour mener à bien la mise en œuvre de cette réforme. Le programme a permis de décliner au niveau opérationnel la stratégie définie dans la Charte, à travers un portefeuille de projets.

BPSI Comment est conçu ce programme ?

Abdelhaq El Hayani Le programme d’urgence se décline en 25 projets structurants, répartis selon quatre grandes problématiques : la généralisation de la scolarisation (sept projets), la mise en place d’un système de renouveau du modèle pédagogique (dix projets), la gouvernance (cinq projets) et enfin la gestion et l’optimisation des ressources humaines (trois projets). Le ministre et la secrétaire d’État ont été très clairs sur les deux impératifs majeurs de cette mission : opérer une transformation en profondeur des modes de gestion en s’appuyant sur une démarche projet au sein du ministère et mettre en place un dispositif de pilotage solide pour le programme d’urgence.

BPSI  Dans ce contexte, quelles sont vos missions au ministère de l’Éducation nationale ?

Abdelhaq El Hayani Aujourd’hui, j’assume deux respon­sabilités. La première est de prendre en charge les missions clés de la Direction de la stratégie, des statistiques et de la planification. Il s’agit essentiellement de contribuer au développement des nouvelles stratégies, de veiller à leur déploiement, d’en établir la planification et d’en assurer le suivi et le pilotage. Ma deuxième responsabilité est d’assurer la mise en place opérationnelle du bureau de projets tout en prenant en charge la coordination de l’équipe chargée de mettre en place le dispositif de pilotage du programme d’urgence : gestion des équipes, communication, conduite du changement, suivi, pilotage et instrumentation.

BPSI  Quel est le dispositif prévu pour accompagner la mise en œuvre du programme d’urgence ?

Abdelhaq El Hayani La mise en place d’un tel programme n’est pas chose facile. Il fallait tenir compte à la fois du caractère d’urgence du programme et de la nécessité de mettre en place un système de pilotage pérenne. Nous devions donc agir dans l’immédiat tout en nous projetant sur le long terme. Ce constat nous a conduits à lancer deux chantiers concomitants : le premier consistait à mettre en place à court terme un système opérationnel de pilotage. Dans ce cadre, des équipes ont été déployées à chaque niveau du système : central, régional et provincial. Nous avons également mis en place des procédures, des indicateurs et des outils de suivi. Le second chantier, toujours en cours, consiste à mettre en place un bureau des projets. Il s’agit d’un projet sur le moyen terme, très structurant, pour lequel nous nous faisons accompagner.

BPSI  Quel sera le rôle de ce PMO ?

Abdelhaq El Hayani Le bureau des projets doit servir quatre grands objectifs. Le premier est l’alignement stratégique : il faut s’assurer que les projets, les ressources humaines et financières, l’organisation voire la culture sont en phase avec la stratégie définie par le programme d’urgence. Cet enjeu n’a rien d’évident et implique de gros efforts, en particulier sur la formation.

Le deuxième consiste à gérer au niveau global le portefeuille de projets : cadrage, catégorisation, évaluation et définition de la priorité des projets, évaluation de la performance globale.

Le troisième est de mettre en œuvre le processus de gestion de projet. Enfin, le dernier consiste à montrer de manière claire les conséquences des projets sur les activités prioritaires du terrain. Il est fondamental de savoir comment ces projets font évoluer l’école, s’ils bénéficient aux élèves, enseignants et chefs d’établissement et de quelle façon. Il faut prouver la valeur des projets.

Dans ce contexte, le PMO va jouer un double rôle : il devra garantir l’accompagnement des équipes sur le terrain, mais aussi assurer le pilotage et le suivi permanent et régulier des projets, chose qui n’était pas du tout pratiquée avant.

BPSI Quelle organisation mettre en place pour un PMO d’une telle ampleur ?

Abdelhaq El Hayani Nous avons un bureau des projets au niveau central, épaulé par des équipes mises en place dans chaque région, au niveau de l’académie. La mise en place d’équipes au niveau provincial est encore à l’étude. Actuellement, nous sommes dans une dynamique de formation et de renforcement de ces équipes.

BPSI Comment doit se dérouler la mise en œuvre ?

Abdelhaq El Hayani Le projet de PMO est prévu sur douze mois. Il s’articule autour de trois étapes essentielles : en premier lieu, il faut former les équipes et mettre en place les processus de gestion de projet, tout en assurant la conduite du changement et la communication. Ensuite, il faut mettre en place les plans d’activités sur trois niveaux (central, régional et provincial). Enfin, il faut outiller le PMO et déployer une solution afin que chacun puisse suivre en temps réel l’avancement et le pilotage des projets.

BPSI Quelles sont vos recommandations pour aborder un tel projet ?

Abdelhaq El Hayani Le système éducatif est aujourd’hui la deuxième priorité du Maroc. Nous n’avons pas le droit à l’erreur, nous devons donc saisir toutes les opportunités pour réussir ce programme. L’appui de tous les partenaires du gouvernement, sociaux et politiques, est indispensable. En outre, la démarche doit être en phase avec les préoccupations du terrain. Il faut un dosage équilibré entre les concepts nouveaux et la consolidation de pratiques déjà acquises sur le terrain.

Les quatre objectifs du bureau de projets

  1. L’alignement stratégique
  2. La gestion globale du portefeuille de projets
  3. La mise en œuvre du processus de gestion de projet.
  4. La démonstration des conséquences des projets sur les activités prioritaires du terrain.

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Aurélie Chandèze

Aurélie Chandèze

Titulaire de deux masters en informatique et en sciences de l’information, Aurélie Chandèze a débuté en tant que journaliste IT. Après avoir été analyste chez Yphise puis consultante chez Acadys, elle a rejoint Best Practices fin 2009.

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