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Comment concilier mainframe et agilité

Comment concilier mainframe et agilité

Lourd, complexe et peu agile : le mainframe est paré depuis longtemps de beaucoup d’inconvénients. Il est toutefois possible de le rendre plus agile. L’exemple de la Société générale, qui a conduit une telle approche de modernisation, avec une démarche de transformation DevOps et de Continuous Delivery, dans le cadre de son projet IDEm-zDevOps.

« Le déploiement en continu impose la modernisation des applications, des plus anciennes aux plus récentes », assure Stefan Van Der Zijden, analyste chez Gartner. Pour ce dernier, les portefeuilles applicatifs souffrent d’un mal universel : avec le temps, trois composantes prennent de l’importance, tandis que trois autres se dégradent. Hélas, ce n’est jamais dans le bon sens. Les trois composantes qui prennent de l’importance sont les coûts, qui augmentent, la complexité, qui s’accroît, et la maîtrise des risques, qui devient de plus en plus difficile. En parallèle, les trois composantes qui se dégradent sont l’alignement de l’application avec les besoins métiers, la valeur et l’agilité. Dans un monde idéal, cela devrait être l’inverse : moins de coûts, de complexité et de risques, davantage d’agilité, de création de valeur et de proximité avec les métiers. Généralement, les courbes se croisent au bout de cinq ans, point au-delà duquel les coûts, la complexité et les risques l’emportent.

Moderniser pour réduire la dette technique

D’où un impératif de modernisation des applications. Celui-ci est dicté par les demandes des métiers, la nécessité de changements de plus en plus rapides, le poids grandissant de la dette technique, la difficulté de support compétitif des plateformes, l’obsolescence technologique ou la pénurie de compétences.

Comment les DSI peuvent-ils justifier la transformation des applications et obtenir le budget nécessaire ? Selon une étude de Teknowlogy Group, quatre arguments peuvent être utilisé pour agir au lieu de ne rien faire :

- Le risque est élevé : lorsque les anciennes applications sont mal connues, il devient difficile de les maintenir ou de les modifier. Cela entraîne inévitablement des risques accrus.

- Le choix est restreint et les coûts d'infrastructure sont plus élevés : les applications plus anciennes sont généralement étroitement liées à l'infrastructure sur laquelle elles fonctionnent. Ces infrastructures plus anciennes deviennent au fil du temps de moins en moins fiables, plus coûteuses et inefficaces.

- Les compétences sont limitées : cela pose un vrai problème dans le cas du code écrit pour les anciens « mainframes », mais cela vaut aussi pour un large éventail d'anciens codes.

- L’expérience utilisateur et client ne sont pas optimales : les consommateurs attendent des applications à l’état de l’art, mais les applications plus anciennes sont bien en-deçà de ces critères.

La Société générale, pour sa banque de détail, a conduit une telle approche de modernisation, avec une démarche de transformation DevOps et de Continuous Delivery, dans le cadre de son projet IDEM-zDevOps (Integrated Development Environment for Mainframe). Pour Chris O’Malley, CEO de Compuware, « DevOps est particulièrement adapté pour les 20 % d’éléments qui génèrent 80 % des problèmes. » Ainsi, la DSI de la Société générale a intégré son infrastructure mainframe au sein de sa stratégie IT, avec plusieurs objectifs : redynamiser l’environnement de développement mainframe, supprimer toute technologie mainframe obsolète et transformer le mainframe en une plateforme DevOps.

Pour Chris O’Malley, « toutes les banques conservent leurs mainframes, pour plusieurs raisons : la densité de transactions que l’on peut effectuer, la sécurité et le coût à la transaction, d’autant que les volumes ont explosé avec la banque sur mobile et le digital. En revanche, le mainframe se révèle moins agile, il faut donc l’adapter au monde non-mainframe pour favoriser cette agilité, afin de gagner du temps, par exemple avec une approche DevOps. Et plus une banque est grande, plus elle a besoin d’aller vite. »

 « Le mainframe occupera toujours une place importante : plus de la moitié des lignes de codes sont maintenues dans le mainframe et la quasi-totalité des applications et des nouvelles initiatives métier sont composites, impliquant à la fois un patrimoine mainframe et distribué », explique Gatien Dupré, responsable du projet IDEM – zDevOps au sein de la DSI de la Banque de détail en France du groupe Société générale.  « Notre enjeu était clairement de fédérer les équipes autour d’un projet zDevOps », poursuit-il. « Pour moderniser les pratiques de développement, générer des gains de productivité et attirer de nouvelles générations de développeurs, le mainframe devait donc se transformer en une plateforme DevOps agile, tournée vers l’innovation. Autre enjeu stratégique de cette modernisation : gagner en productivité sur cette filière souvent délaissée. Enfin, et c'est la raison la plus importante, on redonne de l'attractivité pour les jeunes développeurs qui travaillent sur le mainframe », assure Gatien Dupré.

La chasse aux bugs est ouverte

Pour accompagner cette transformation DevOps mainframe et rallier les collaborateurs à ce changement important, la Société générale a mis en place un concours disruptif et humoristique proposant aux équipes de traquer les bugs et les non-conformités. « Cela nous a permis de renforcer la cohésion autour du mainframe et démontrer aux équipes que la culture mainframe pouvait très facilement intégrer les standards les plus innovants de l’IT et offrir une expérience de développement identique à d’autres technologies telles que Java », explique Gatien Dupré.

Les équipes ont utilisé l’outil Topaz de Compuware pour traquer ces bugs et non-conformités. L'organisation d'une chasse aux bugs a été le résultat d'une réflexion sur la nécessité d’homologuer l'ensemble des développements. « Les dix meilleurs chasseurs de bugs ont été récompensés, les membres du Comex sont pris au jeu et ont assisté à la remise des trophées », se souvient Gatien Dupré. Résultat : « En moins de deux ans, plus de 90 % de nos collaborateurs sont engagés aujourd’hui dans le DevOps mainframe ! Pendant 35 ans, nous avons travaillé en cycle en V, modèle dans lequel le mainframe s’est adapté. En changeant de paradigme, le mainframe s’est de nouveau adapté pour s’inscrire dans cette démarche d’innovation agile et pérenne. Le mainframe est une puissante technologie, adaptable et évolutive sur laquelle nous nous appuyons pour co-créer de la valeur avec les métiers. », conclut Gatien Dupré. Pour Chris O’Malley, CEO de Compuware, « Avant, les développeurs étaient comme des esclaves dans une galère romaine, on leur demandait d’aller toujours plus vite, désormais, dans un monde DevOps, ils doivent être considérés comme des « high performers » pour la qualité et l’efficience. »

(Le texte intégral de cet article est publié dans le numéro 240 de Best Practices Systèmes d'Information)

 

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Philippe Rosé

Philippe Rosé

Docteur en sciences économiques et auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le management des systèmes d’information, Philippe Rosé est rédacteur en chef des publications Best Practices.

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