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Quand l’IA réinvente les métiers

Quand l’IA réinvente les métiers

De la voiture autonome au robot hôtesse d’accueil, en passant par la e-santé ou les chatbots, il ne se passe pas une semaine sans qu’on nous présente l’intelligence artificielle comme la nouvelle révolution qui va bousculer nos métiers, modifier profondément nos relations personnelles ou professionnelles, voire même changer le monde. L'opinion de Gianmaria Perancin, président de l'USF.

IA et emplois : le retour de la destruction créatrice

Dans le monde du travail, même si la majorité d'entre nous est tiraillée entre deux positions fortement opposées, tantôt attirée et tantôt apeurée par les changements annoncés, un duel se joue entre ceux qui vantent les nouveaux métiers de demain, et ceux qui crient au remplacement de l’homme par la machine. Entre les deux factions, la bataille de chiffres est ouverte. Quand pour certains, « plus de 2,1 millions de Français vont voir leur emploi disparaitre dans les prochaines années à cause de l’IA » (1), d’autres affirment que « 58 millions d’emplois seront créés d’ici 2022 » (2) dans le monde, et que « 85 % des emplois de 2030 n’existent pas aujourd’hui » (3) . Comme toujours, la vérité se trouve quelque part entre ces deux extrêmes. L'intelligence artificielle va certes faire disparaître certains métiers, comme les révolutions industrielles ont pu faire disparaître tout à tour les cochers, les poinçonneurs ou les standardistes. Mais elle en créera également beaucoup d'autres, totalement inimaginables aujourd'hui, à l'instar des très recherchés data scientists et DPO (Data Protection Officer), encore inexistants il y a moins de 5 ans. De quoi encourager la créativité autour de nouveaux métiers, comme le « psydesigner », qui devra donner à nos assistants personnels des valeurs et des traits de personnalités compatibles avec les nôtres, ou le « personnal data broker » qui aidera les particuliers à monétiser leurs données personnelles.

IA et conduite du changement : vaincre la peur pour déceler les opportunités

Même si la projection à 30 ans est positive, l’impact n’est pas neutre pour autant et il y a une différence de taille entre la transformation technologique sur le long terme et les impacts humains de cette dernière à court terme. Or, la situation aujourd’hui est que « 60 % des Français ont peur de l’intelligence artificielle » et « 4 Français sur 10 ont peur que leur travail ne soit supplanté par une machine dans les années à venir » (4). L’enjeu réside donc avant tout dans la gestion de la transition, autrement dit… dans la conduite du changement. Et dans les métiers de l’informatique, on a coutume de dire qu’un projet qui ne consacre pas au moins 20 % de son budget à la conduite du changement est un projet voué à l’échec. Ce qui donne une petite idée des investissements à opérer pour accompagner la transition, quand on sait que le marché de l’IA devrait peser autour de 46 milliards de dollars dans le monde en 2020, selon IDC. Cette conduite de changement passe par la formation, initiale et continue, dans l’entreprise bien sûr, mais également avant, dès l’école, et tout au long de la vie. Ceci pour éviter de reproduire avec l’intelligence artificielle les écueils que l’on connait aujourd’hui avec internet où, par manque d’éducation numérique, les utilisateurs se font piéger par une liberté d’information et une libération des savoirs qui se transforment en jungle de « haters » et en règne de l’infox, notamment sur les réseaux sociaux. Cela passe aussi par l’accompagnement des entreprises et de leurs dirigeants, notamment dans les PME, alors que « moins de 15 % des entreprises françaises disposent aujourd’hui de solutions d’intelligence artificielle » (5).

IA et DSI : défricher l’innovation pour garantir sa valeur métier

Quand on parle de l’impact de l’intelligence artificielle sur les entreprises, deux idées sont aujourd’hui communément admises. D’une part, l’IA va transformer les métiers existants, pour faire de nous des salariés « augmentés », qui allons sous-traiter à une machine nos taches basiques pour ne conserver que celles à valeur ajoutée (soit celles qui nous nous motivent le plus). D’autre part, l’IA va créer de nouveaux métiers, en lien avec la donnée et son analyse mais également en lien avec de nouveaux usages rendus possibles par les algorithmes. Dans les deux cas, la Direction des Systèmes d’Information est aux premières loges car il va falloir non seulement assurer la mise en conformité et l’interopérabilité des tâches entre l’homme et la machine, mais également développer de nouvelles compétences liées au numérique, en lien avec les métiers. Sans compter que quand la machine commencera à coder à la place de l’ingénieur, il faudra que ce dernier puisse à tout moment interrompre le processus et le comprendre, pour assurer la conformité de l’IA et la contrôler. La DSI pourrait donc jouer à l’avenir un rôle stratégique de moteur de l’IA, en charge de définir, avec les métiers, ses usages, puis d’en garantir le fonctionnement. Oui, l’intelligence artificielle va transformer nos métiers. À nous maintenant, acteurs des DSI, du métier, et dirigeants d’entreprise, d’orchestrer le meilleur des deux intelligences, humaine et artificielle, pour saisir cette opportunité et en faire enfin une véritable force pour nos entreprises.

(1) Étude du think tank Institut Sapiens publiée en août 2018. Cf. « L’intelligence artificielle à contre-emploi », Best Practices Systèmes d’Information, n° 220, octobre 2018.

(2) Étude du Forum économique mondial, cité dans l’article de We Demain « Intelligence artificielle : 58 millions d’emplois créés d’ici 2022 » (septembre 2018).

(3) « Des emplois conjugués au futur », Best Practices Systèmes d’Information, n° 232, 1er avril 2019.

(4) Baromètre Odoxa « Intelligence Artificielle : l’inquiétude monte chez les Français » (mars 2019)

(5) Les Échos Entrepreneurs « PME : le long chemin vers l'intelligence artificielle » (19 mars 2019)

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