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Le SaaS dans les nuages

Le mode de consommation du logiciel comme un service va s'imposer, dans un contexte d'informatique en nuage (cloud computing). Cet ouvrage décrypte les enjeux et propose une démarche pour les DSI.

La consommation du logiciel comme un service dans une contexte d’informatique « en nuage » constitue l’une des tendances de fond de l’évolution des systèmes d’information. Guillaume Plouin entend montrer, et c’est d’ailleurs le sous-titre de son ouvrage, que cette « rupture est décisive pour l’informatique d’entreprise ». Dans sa préface, Dave Amstrong patron du marketing de Google pour Europe, enfonce le clou(d) et assure que « le but du cloud computing, c’est de faciliter la vie ». La cause est entendue... Pour l’auteur, l’informatique en nuage consiste à « externaliser des infrastructures informatiques vers des prestataires spécialisés, au même titre par exemple que les entreprises externalisent la production d’électricité vers des producteurs dont c’est le métier principal ». Quant au SaaS (Software as a Service), il est défini comme l’hébergement d’un progiciel par son concepteur. Par rapport au modèle traditionnel de consommation de logiciels, la différence est de taille : « Les SaaS proposent des logiciels opérationnels, prêts à l’emploi, sans passer par une étape d’installation, et sans aucune tâche de maintenance », résume l’auteur.

Ces deux éléments clés (SaaS et cloud computing) s’inscrivent dans l’évolution logique des technologies de l’information. Les prémices du SaaS ont été les ASP, mais ont connu un semi-échec, pour plusieurs raisons : version unique de l’application, base de données elle aussi unique, de même que le système d’authentification. « Le Web 2.0 offre une nouvelle pertinence aux applications hébergées », assure Guillaume Plouin. Web 2.0 qui repose avant tout sur « l’intelligence collective et les plus grands contributeurs à cette intelligence sont issus de la jeune génération, les fameux "digital natives" ou "génération Y", pour qui l’usage de l’Internet est complètement naturel. »

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Cloud computing et SaaS, une rupture décisive pour l’informatique d’entreprise, par Guillaume Plouin, Dunod, 2009, 249 pages.

De même, la pertinence des applications hébergées est accentuée par les nouveaux terminaux (mobiles, smartphones et autres netbooks), supports de l’évolution vers « l’ubimedia », ou « informatique des objets », objets qui deviennent communicants et (presque) intelligents. L’auteur précise : « Le cloud computing a tiré les leçons de l’échec de l’ASP en proposant des architectures plus adaptées à la consommation d’applications depuis le Web. Il a intégré les pratiques issues du Web 2.0 comme la collaboration et la construction d’application par assemblage d’API. »

Ainsi, avec le cloud computing, « on n’a plus la moindre idée de l’emplacement physique d’une application, du chemin qu’emprunte une requête pour parvenir jusqu’à l’application, c’est un espace sans réalité physique ». L’auteur retient une métaphore intéressante pour caractériser le SaaS : « Le service attendu d’un restaurant est un repas et non la mise à disposition de légumes et de viandes crus. » Guillaume Plouin explique : « Le modèle s’inscrit dans la continuité de l’adoption du Web par les entreprises. En effet, elles ont commencé par utiliser Internet à des fins de communication. Puis le réseau a intégré leurs processus métiers et leur a permis d’échanger avec leurs clients et partenaires, en ouvrant de nouveaux canaux de vente et en réduisant leurs coûts. Enfin, Internet va leur permettre de déporter leur informatique, en ouvrant à nouveau des perspectives de réduction de coûts et en gagnant en performance et robustesse. »

Question réduction des coûts, le modèle SaaS a évidemment des atouts, avec une diminution très nette du coût de revient dans plusieurs domaines : les licences, le support, les mises à jour, les frais d’exploitation, la maintenance (des postes de travail et des serveurs). Quant à préférer les licences perpétuelles, comme dans le modèle historique du logiciel, on sait bien, et l’auteur le rappelle, que c’est probablement une illusion : le terme « perpétuel » est totalement déplacé dans le monde informatique où les cycles de renouvellement du matériel et du logiciel sont extrêmement courts. « L’obsolescence rapide est d’ailleurs une des principales sources de coût de la filière. Les montées en version de certains logiciels sont parfois une course en avant dont l’objectif est de vendre plus de licences, plutôt que d’apporter de véritables nouvelles fonctions aux utilisateurs », souligne Guillaume Plouin pour qui ces « mises à jour cosmétiques » servent avant tout à garnir les carnets de commandes.

Faut-il aller ou ne pas aller vers le cloud computing ? Cette question fait l’objet d’une partie entière du livre et l’auteur se place du point de vue de l’entreprise, des décideurs, des utilisateurs et des informaticiens. Pour l’entreprise et ses décideurs, le cloud computing apporte des bénéfices dans le domaine des coûts liés aux infrastructures (exploitation) et à l’usage par rapport à une solution internalisée, une meilleure sécurité (les opérateurs ayant plusieurs centres de données distants), indépendante du poste de l’utilisateur (plus d’espace de stockage mal maîtrisé par la DSI), une rationalisation de la sécurité des accès, la possibilité de se recentrer sur son métier et, souligne l’auteur par la « fin du syndrome de l’administrateur héroïque », avec une console d’administration simple et accessible par le Web. Les risques ne sont pas pour autant occultés : la confidentialité des données, la problématique de la conformité réglementaire et un éventuel rejet de la part des clients de l’entreprise constituent les principaux freins. Du point de vue de l’utilisateur, le cloud computing favorise la productivité des applications et la collaboration, simplifie les interfaces, renforce la qualité de services et la disponibilité. Même si les utilisateurs ont parfois l’impression d’être « dépossédés » de leur poste de travail. Quant aux informaticiens et aux DSI, c’est l’occasion de se recentrer sur l’informatique métier, de consacrer davantage de temps à « penser le système d’information » qu’à le gérer, même si, là encore, des craintes peuvent survenir : une certaine perte de pouvoir et de ressources, une dégradation de la sécurité des applications, une difficulté de réversibilité ou une dépendance à l’égard du réseau.

L’auteur propose une « feuille de route » vers le cloud computing, à partir d’une grille de 17 critères pondérés (par exemple : analyse des coûts, acceptabilité par les clients, ergonomie, authentification, traçabilité, agilité...). Le processus de prise de décision consiste alors à définir une expression de besoins, à évaluer les solutions disponibles, à mener une étude de ROI et de risques, à étudier la pérennité de l’opérateur SaaS et les problématiques d’intégration avec l’existant et, enfin, à faire un projet pilote. Sur ce point, l’auteur conseille de débuter par un service (messagerie électronique, paie, gestion de la relation client...), par opposition à l’informatique métier, plus sensible. Guillaume Plouin aborde également dans son ouvrage les principales offres du marché et consacre des développements au PaaS (Platform as a Service).

Idées à retenir

  • Depuis sa montée en puissance dans les années 1960, l’architecture informatique suit un cycle régulier de centralisation/décentralisation.
  • La non-standardisation du frontal client a confronté les DSI à la délicate problématique du déploiement sur les postes utilisateurs.
  • Dans le modèle SaaS, on ne parle plus d’éditeur mais d’opérateur de services.
  • L’exploitation d’un logiciel multiplie son prix par environ quatre.
  • Le degré d’implication d’une entreprise dans le modèle SaaS s’accompagne d’un retour sur investissement croissant, maus aussi d’un degré de risque croissant.
  • D’un point de vue déontologique, il est essentiel d’informer ses clients et leur faire valider le recours au modèle SaaS.
  • Avec le SaaS, la DSI peut se débarrasser de nombreuses tâches ingrates d’exploitation et de mises à jour sur les serveurs et sur le parc utilisateur.
  • La première réaction négative des DSI vis-à-vis du SaaS est une réaction très humaine de protection.
  • L’argument de la dépendance au réseau avec les SaaS est un faux argument : aujourd’hui, quasiment aucune entreprise ne peut travailler sans accès à Internet, avec ou sans SaaS.
  • Le passage au modèle SaaS ne doit pas être déclenché par un souhait de la DSI mais par un vrai besoin des utilisateurs.
  • Il est pertinent de mener une expérimentation avec une population réduite (10 à 200 personnes), pendant une durée de un à six mois.
  • Les plates-formes PaaS sont pertinentes pour des applications à très forte charge ou très variable.

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Laurence Essirart

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