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Investissements technologiques : ça sert à quoi ?

L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ? Cette question fondamentale fait l’objet d’une étude publiée par France Stratégie et La Fabrique de l’Industrie. Contrairement à une idée reçue, les entreprises françaises investissent à un niveau relativement élevé, comparable aux autres pays d’Europe, dont l’Allemagne, souvent citée en exemple.

« Les investissements en actifs immatériels comme la R&D, les logiciels et les bases de données sont très élevés en France, plus que dans les autres pays européens étudiés, sans qu’il soit aujourd’hui possible de l’expliquer », soulignent les auteurs, pour qui « l’investissement en logiciels, en particulier, constitue une singularité française, au point d’expliquer à lui seul une large part du taux élevé d’investissement des entreprises de notre pays. » Malgré des investissements plus élevés ces dix dernières années que ceux de la plupart de leurs homologues européennes, les performances économiques des entreprises françaises ne sont pas au niveau attendu.

Pour les auteurs, « il est donc difficile d’imaginer que le manque d’investissement dans les équipements en TIC puisse être une piste d’explication majeure de la moindre productivité de l’investissement industriel français. » D’autant que les montants investis dans les équipements IT en France ont diminué de 51 % entre 2001 et 2015, sous l’effet de la baisse des prix. Pourtant, les américains qui ont, durant la même période, connus la même baisse des prix, n’ont diminué leurs investissements IT que de 5 %. Les auteurs estiment que « le "paradoxe" de l’investissement français vient en partie de ce que cet investissement est concentré sur les actifs immatériels, sans entraîner jusqu’à présent d’effets visibles sur la compétitivité au regard des indicateurs disponibles. » Les économistes expliquent que « le niveau d’investissement plus élevé dans les actifs immatériels pourrait signifier que les entreprises françaises ont conservé, davantage que leurs homologues européennes, leurs activités de conception sur leur territoire domestique et localisé plus volontiers leurs activités de fabrication à l’étranger. » Dès lors, les investissements immatériels sont-ils réellement productifs ? Pour les auteurs, « le constat qui se dégage est donc celui d’une France dont les entreprises réalisent un effort d’investissement globalement important, en comparaison internationale, mais dont la structure et les retombées économiques posent question. D’autres facteurs que l’investissement jouent sur les gains de productivité et sur la compétitivité des entreprises, comme le développement des infrastructures publiques, la formation pour l’adaptation des compétences, l’amélioration des conditions de travail, les compétences des managers et l’engagement des salariés. » Dans leur conclusion, les économistes estiment que « beaucoup de grandes entreprises françaises ont développé leurs capacités de production à l’étranger, particulièrement au cours des vingt dernières années. Les ventes issues de leurs usines étrangères sont largement attribuées à d’autres territoires, mais peuvent contribuer substantiellement à leurs profits. Il est donc possible que leurs investissements immatériels dans la R&D et les logiciels soient très efficaces à l’aune de l’impact sur leur profitabilité. » •

Les trois catégories d’investissements immatériels

1. Les « données informatisées » (logiciels, bases de données) ;
2. La « propriété innovante » ou « capital d’innovation » (dépenses en matière de R&D, de design, de licences et droits d’auteur, d’exploration minière, ainsi qu’au titre de l’innovation financière).
3. Les « compétences économiques » (dépenses au titre de la publicité et du marketing, du capital organisationnel et de la formation), dont aucun élément n’est considéré comme investissement en comptabilité nationale. •

Comment est mesuré l’investissement en logiciels ?

Les instituts statistiques nationaux établissent la valeur des immobilisations à partir de trois sources d’information. D’abord, les bilans comptables des entreprises, qui reflètent les immobilisations en logiciels et bases de données. « Mais les entreprises peuvent avoir intérêt à inscrire les achats de logiciels en dépenses courantes et la valorisation des logiciels et bases de données créés au sein de l’entreprise repose sur une évaluation du coût de leur production (taux horaire x temps des informaticiens) sujette à erreur ou susceptible d’appréciations diverses », nuancent les auteurs. Ensuite, les instituts de statistiques mènent des enquêtes auprès des entreprises pour évaluer leurs dépenses en logiciels acquis et créés. Enfin, l’évaluation de l’offre de logiciels (domestique et importée) permet de recouper les informations sur les acquisitions. Cependant, notent les auteurs, « la question des importations de logiciels et bases de données, notamment sous forme de licences, reste encore complexe. Malgré les efforts d’harmonisation, des différences de mesure demeurent. » De quoi nuancer les comparaisons internationales…

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L’investissement des entreprises est-il efficace ?
Par Sarah Guillou, Caroline Mini et Rémi Lallement, Presses des Mines, 2018, 84 pages.

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