BAM tragique à la DSI

  • Publié le : 14 décembre 2009
  • Ecrit par : Olivier Séhiaud
  • Revue / Numéro : Best Practices SI n°36

Qu’est-ce qu’ils fichent dans les métiers ? Ils veulent une DSI transparente, mais, c’est vrai, quoi, eux, ils fichent quoi ? Les métiers devraient donner l'exemple...

C’est une bonne question et je remercie mon responsable des études de l’avoir posée lors de la dernière réunion projet. Regarder de près ce que font les métiers m’a toujours attiré. N’est-ce pas le fondement même de notre métier, au-delà de la technologie ? Nous avions, jusqu’à présent, engagé quelques initiatives, mais très parcellaires et qui ne donnaient guère satisfaction.

Parmi les nombreux commerciaux qui défilent dans mon bureau pour nous vendre leur dernière « innovation révolutionnaire avant-gardiste » et qui me laissent des kilos de brochures, nous les conservons d’ailleurs précieusement dans une armoire forte, l’un s’était délesté d’un white paper sur le BAM. Comprendre « Business Activity Monitoring » et non « Balayons les Arguments des Métiers ».

La lecture de ce précieux document m’a appris que le BAM « sert à utiliser en temps réel des indicateurs et des métriques permettant de juger du bon fonctionnement général des processus de l’entreprise et de l’efficacité de la gestion des activités métiers. » Je me doute que les directions métiers ne vont pas aimer que l’on regarde par un trou de serrure immatériel pour contrôler leur activité ! Poursuivons notre lecture : « L’objectif d’une démarche de BAM est d’améliorer de manière continue l’efficacité des processus métiers d’une entreprise.
Cette démarche s’inscrit dans une optique d’amélioration continue. » ça, les directions métiers devraient mieux apprécier. Cela fera très bien dans le slide que je présenterai au comité exécutif pour justifier l’achat d’un coûteux logiciel.

« La démarche BAM facilite l’identification de dysfonctionnements métiers ou techniques nécessitant une réaction corrective immédiate (humaine ou informatisée) pour préserver le bon fonctionnement des processus. », nous explique encore ce docte document sponsorisé par un fournisseur « leader sur son marché ». Côté « réaction immédiate », et compte tenu de notre organisation (les ethnologues les plus réputés travaillent encore sur l’organigramme du groupe pour en comprendre les fondements...), j’anticipe quelques difficultés. « Le BAM permet également de détecter des tendances, afin de tirer parti d’opportunités métiers ». Là, c’est carrément mission impossible pour une DSI que d’aller expliquer aux métiers quelles opportunités ils devraient saisir (sous-entendu : « si vous étiez assez malins pour les voir, vous n’auriez pas besoin de nous... »). Sauf à avoir le logiciel « De quoi j’me mêle » pré-paramétré sur la fonction « La voie de la DSI est impénétrable » !

C’est en expliquant au comité exécutif les avantages du BAM que je me suis rendu compte que mes préjugés étaient complètement erronés. Car au lieu de percevoir un logiciel de BAM comme une menace, nos directions métiers y ont vu, au contraire, un outil extraordinaire pour mesurer la performance des équipes de la DSI.
- On va donc avoir en temps réel un rapport de performance sur nos applications ? s’est demandé Françoise Plansoc, notre DRH.
- L’amélioration continue ? Ce concept me plaît, surtout si la DSI se l’applique à elle-même, railla notre directeur financier.
- Une vision transversale de nos processus métiers ? Parfait ! résuma notre PDG, Pierre-Henri Sapert-Bocoup, qui rêve depuis longtemps, mais sans succès, de contrôler tout ce qui passe dans son groupe.

Une bonne idée, le BAM ? Pas sûr, finalement. Sauf si on veut avoir sur le dos tous les managers de l’entreprise dès qu’un indicateur de performance donnera des signes de fatigue, ou qu’un processus métier s’essouflera. J’ai alors promis que les équipes de la DSI allaient regarder attentivement ce qu’il est possible de faire. On trouvera certainement de bons arguments pour expliquer au DAF que c’est trop cher, à la DG que trop compliqué, à la DRH qu’il faut des compétences supplémentaires ou au directeur logistique qu’il sera noyé par dizaines d’indicateurs colorés. Et je garde mon joker : informer toutes les directions métiers que le BAM suppose une transparence complète et une description exhaustive des processus métiers. Là, je suis tranquille ! Autant éviter un « BAM tragique à la DSI »...

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Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud est le pseudonyme du DSI d’un grand groupe industriel français. Il nous livre en exclusivité ses réflexions sur son métier et les technologies de l’information.

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