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Un p’tit Cola pour la route !

Quand on reçoit des factures de la part de nos chers fournisseurs, on peut adopter deux approches. La première : transmettre le document à la comptabilité pour paiement, sans regarder ce qu’il y a dedans, du moins tant que le montant reste globalement cohérent avec nos budgets.

On reçoit tellement de paperasses et de factures en tout genre que c’est une approche de facilité qui convient bien aux DSI qui n’ont pas trop envie de se perdre dans des limbes bureaucratiques. Deuxième approche : éplucher chaque ligne des factures pour traquer les inévitables erreurs que nos fournisseurs commettent, de façon volontaire ou non. Mais cela nécessite du temps, des ressources, et une connaissance très fine des dispositions contractuelles signées avec les fournisseurs.

Jusqu’à présent, vous vous en doutez, j’ai toujours privilégié la première approche. On ne se refait pas. Tant qu’on peut déléguer, sans que cela mette la DSI en péril... Avant de rencontrer l’ingénieur d’affaires de notre prestataire d’infogérance et de tierce maintenance applicative, j’ai quand même jeté un coup d’œil sur ses dernières factures, que l’on doit régler chaque trimestre. J’ai constaté que l’une des (nombreuses) lignes de chaque facture présentait, sur les douze derniers mois, une augmentation systématique. Que les volumes d’unités d’œuvre augmentent, rien de plus normal : je suis adepte du « tu travailles plus, tu gagnes plus », y compris pour nos prestataires. Certes, ce n’est pas une ligne de facture qui augmente de quelques milliers d’euros à chaque fois qui va tuer l’entreprise. Mais ce n’est pas une raison, comme dirait notre contrôleur financier, qui ne manque jamais une occasion de pinailler sur des détails.

Le libellé de la ligne qui a attiré mon attention ? Cola. Je me suis d’emblée demandé si le prestataire finançait sur notre dos son stock de boissons fraîches pour sustenter ses équipes, à coup de sucre et de caféine, en cas ce coup de chaud dans les salles machines. Mais, vu les montants, ça fait cher la canette ! Mes équipes ont été incapables de trouver une quelconque signification à ce sigle. Le problème est en effet que la rubrique Cola a subi une augmentation de 67,8 % ! Et dans le contrat, elle n’apparaît pas non plus... Il ne me restait plus qu’à poser la question à notre ingénieur d’affaires qui ne manque jamais de me rendre visite régulièrement avec son carnet à avenants. Des fois que nous ayons des besoins non prévus dans l’appel d’offres...

- Le Cola ? C’est le Cost of Life Adjustment, m’explique-t-il.
- On doit le payer ?
- Oui, vous avez signé ! Vous savez, les temps sont durs pour nous et nous avons des frais... Compte tenu de nos implantations internationales, nous devons répercuter l’élévation de nos coûts internes. Cela figure d’ailleurs à la fin de votre contrat, dans la rubrique « Réévaluation régulière de la rétroaction multiphasée de la prestation combinée pour tenir compte du coût pondéré aléatoire de l’offshorisation bicéphale », expression que l’on a résumée par Cola sur nos factures pour que ça tienne sur une ligne.

Effectivement, c’est écrit en tout petit dans le contrat. Je m’abstiens de lui rappeler que ce contrat de 250 pages avait été signé à deux heures du matin après plusieurs jours de négociations et que personne n’avait prêté attention à cette clause.
- En clair, ça veut dire quoi ?
- Eh bien que lorsque nous augmentons la part de l’offshore pour répondre à la variabilité de vos plans de charge, nous tenons compte des écarts du coût de la vie. Vous vous souvenez, nous en avions parlé lors de la signature...

Oui, sûrement... Mais à deux heures du matin, commencer à discuter des mérites comparés de l’Inde, de la Chine ou du Burkina Faso, non merci...
- Mais pourquoi le montant a-t-il tant augmenté ?
- L’un de nos paramètres est le prix du riz sur le marché de Bangalore, pondéré par le prix du mètre de turban standard.
- Je suppose que le prix du riz a beaucoup augmenté ?
- Vous supposez bien, et vous comprendrez que nous devons répercuter ses coûts qui ne dépendent pas de nous. Mais vous pouvez opter pour notre autre mode de calcul, forfaitaire, basé sur l’évolution de nos performances internes. C’est le système « Ajustement Régulier du Niveau d’Adaptation de la Qualité d’Usa­ges d’Entreprise », autrement le dit le dispositif A.R.N.A.Q.U.E.

Finalement, nous avons conservé le système Cola, beaucoup plus neutre pour notre contrôleur de gestion. Et je ne mange plus de riz au restaurant d’entreprise, histoire de ne pas déséquilibrer le marché mondial.

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Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud est le pseudonyme du DSI d’un grand groupe industriel français. Il nous livre en exclusivité ses réflexions sur son métier et les technologies de l’information.

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