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Objet : connectés

On ne peut qu’être admiratif face à l’imagination de nombreux créateurs de start-up. Non pas tant pour leur business modèle, car beaucoup se sont engouffrés dans la brèche des objets connectés, pour faire comme tout le monde. Mais pour leur manière de créer des objets qui ne servent à rien ou à très peu de personnes.

On l’a encore vu avec les annonces faites au dernier CES, avec, par exemple une montre connectée qui fait du coaching vocal (299 dollars seulement...), un tee-shirt connecté, un système qui se place sur n’importe quelle partie du corps pour en suivre les différents mouvements (applications diverses et variées !), un thé connecté pour savoir si l’eau est à bonne température, une bouteille d’eau connectée qui nous indique quand il faut boire (on attend la même chose pour les grands crus classés...) ou encore une brosse connectée, qui intègre « un accéléromètre associé à un gyroscope qui permet de définir la course de la brosse, pour déterminer de quelle manière nos cheveux sont brossés et nous corriger si l’on s’y prend mal », nous vantent les créateurs de cet objet révolutionnaire.

On nous explique régulièrement, y compris dans ce numéro de Best Practices, que les DSI doivent mieux communiquer, pratiquer un marketing intelligent et mieux valoriser leurs activités. Le monde des objets connectés m’a semblé être un bon support pour une telle valorisation. J’ai fait appel à un ex-créateur de start-up devenu très riche, non pas en inventant des applications révolutionnaires, mais, simplement, en dépensant, via une rémunération mirobolante, l’argent issu de capitaux-risqueurs assez idiots pour participer à ses multiples levées de fonds. Il avait du temps et m’a conçu plusieurs applications qui ont largement redoré le blason de la DSI auprès des métiers.

Ainsi, nous avons proposé à la DRH un détecteur de temps de cerveau non concentré sur les tâches dévolues aux salariés. Ne me demandez pas comment ça marche, c’est révolutionnaire... On s’est ainsi aperçu que 67 % des salariés passaient plus de 40 % de leur temps à penser à autre chose que ce pourquoi ils étaient payés. On a même un recordman, au marketing : quasiment 100 % de son temps est consacré à autre chose qu’à son job... Faut dire qu’avant il « travaillait » aux services généraux et cela ne lui a pas réussi... Pour la DAF, nous avons développé une application qui calcule le coût des réunions : des capteurs judicieusement placés dans les salles de réunions identifient le nombre de personnes et leur profil, d’après leur badge d’identification.

En croisant ces informations avec le fichier des salaires, on peut connaître, au centime près, ce que coûtent les réunions inutiles. Évidemment, le DAF en est tombé de son fauteuil en découvrant les montants ! Pour les services généraux, nous avons imaginé une application qui optimise l’espace dans les bureaux en fonction des déplacements des individus, là encore avec des capteurs tous les deux mètres : en installant les collaborateurs qui se voient souvent mais qui sont trop loin, on a réduit de 34,89 % les allées et venues dans les couloirs.

Pour notre médecin du travail, nous avons proposé un calculateur de nombre de clics (avec un capteur dans les souris) pour faire de l’analyse prédictive des troubles musculosquelettiques et du célèbre trouble arthritique de l’index de la main droite (à ne pas confondre avec le trouble du poil dans la main, pour lequel aucun capteur n’a jamais été efficace).

En ce qui concerne la DSI, nous avons élaboré plusieurs applications à base d’objets connectés, mais dont je conserve l’usage exclusif. D’abord, un détecteur de mots à la con dans les cahiers des charges : dès qu’une demande des métiers en comporte plus de 25 %, ils doivent refaire leur copie. Ensuite, un détecteur de CO² pour les grandes gueules. Le capteur, qu’il suffit de placer à moins de deux mètres du sujet à étudier, calcule le volume de CO² produit lorsque les grandes gueules ouvrent la bouche.

Je n’ai pas encore activé la fonction qui envoie en temps réel le résultat sur le smartphone de l’intéressé, en lui donnant des conseils du style : « Si tu pouvais fermer ta grande gueule au moins trente minutes par jour, tu sauverais la planète en économisant x% de CO². » Enfin, je dispose d’un détecteur d’emmerdements potentiels, avec un capteur associé à ma boîte e-mail et à mon téléphone. Il calcule, en fonction du profil de l’interlocuteur, de son historique de conversation et de sa propension à venir nous voir pour n’importe quoi, le potentiel d’emmerdements sur l’échelle de Richter (Ranking Indiquant Comment Hypopulvériser Tous les Emmerdements Récurrents).

Maintenant que nous avons placé des capteurs partout, plus personne ne nous ennuie et l’aura de la DSI est au top, avec une image d’innovateurs à faire pâlir n’importe quelle start-up de la French Tech ! Notre vrai pouvoir est enfin reconnu. Comme quoi le marketing de la DSI tient à peu de chose...

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Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud est le pseudonyme du DSI d’un grand groupe industriel français. Il nous livre en exclusivité ses réflexions sur son métier et les technologies de l’information.

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