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Je me suis fait aligner !

L’alignement du système d’information sur la stratégie de l’entreprise est à la mode. Nous n’avons pas fini de subir la pression de nos chers collègues des directions métiers…

A force, ça devait arriver. Depuis le temps que les consultants de tous horizons et la presse professionnelle, du moins ce qu’il en reste, nous serinent que les systèmes d’information doivent être alignés sur les stratégies métiers, notre bien-aimé patron, Pierre-Henri Sapert-Bocoup, s’est mis dans la tête de mettre en pratique ce beau principe. « Introduire cohérence et synergie dans l’exécution de la stratégie corporate », dit-il avec ses mots à lui. Ce que je traduis illico par « introduire des emmerdements là où il n’y en avait pas ». Car je vois bien le tableau : il va réunir le comité de direction, j’y serai puisque j’en suis membre à part entière (ça fait bien de le dire dans les dîners en ville, mais c’est quasiment le seul avantage...). Il va ensuite demander à chacun des managers des entités métiers de décliner son plan d’action pour les douze prochains mois. Jusque là, rien d’extraordinaire. Sauf que sur les tableaux qui seront présentés figurera une colonne supplémentaire pompeusement intitulée : « besoins additionnels en projets systèmes d’information. »

Et alors, direz-vous, pourquoi me plaindre ? Parce que c’est à ce moment-là que les ennuis commencent. Lors d’un comité de direction, le dernier à s’exprimer est quasiment toujours le DSI, votre serviteur. « Pourquoi ? » ai-je un jour demandé à Françoise Plansoc, notre directrice des ressources humaines que certains verraient bien dotée de davantage de ressources et d’un peu plus d’humanité. « Parce que si tu t’exprimes en premier, tu ne pourras pas prendre en compte la stratégie que nous exposerons après. Voilà pourquoi tu passes en dernier, pour bien noter toutes les spécificités de nos métiers... et les prendre en compte », me rétorque-t-elle. Spécificité ! Voilà un autre mot qui fait peur, avec le célèbre alignement. C’est normal que chaque métier de l’entreprise ait une spécificité. Le problème est qu’elle s’exacerbe dès lors que l’on veut faire entrer tout le monde dans le même moule. Et devinez ce qui, dans une entreprise, constitue l’outil le plus adapté pour ne voir qu’une tête ? Le système d’information. Il y a une lutte permanente entre la direction générale et les directions métiers, chacun tentant d’imposer ses vues aux autres. La DG tire à coups de processus communs pour réduire les coûts et gagner en productivité... Les directions fonctionnelles ripostent à coup de chantage à la paralysie organisationnelle, maladie qui a le don de donner des boutons aux directions générales. L’idéal serait que l’on saucissonne le système d’information en autant de tranches qu’i y a de directions fonctionnelles. Impossible, nous y laisserions notre santé. Le pire, c’est que dans ce combat, le DSI n’est même pas un arbitre, mais un punching-ball.

Une étude publiée par l’ITGI (IT Governance Institute) en janvier dernier montre que nos ennuis sont devant nous : 93 % des managers ont déclaré que l’informatique est « plutôt importante à très importante » pour la stratégie globale de l’entreprise, une augmentation de 6 % par rapport à 2005. L’informatique est toujours à l’ordre du jour des conseils d’administration, d’après 32 % des répondants, en hausse par rapport à 25 % en 2005. Et l’on part de loin : 36 % des répondants à cette enquête ont indiqué que l’alignement entre la stratégie informatique et la stratégie de l’entreprise est moyen, médiocre ou très médiocre. Ca fait toujours les trois quarts qui ne sont pas de cet avis ou qui s’en fichent ! On se console comme on peut. Hélas, chez Moudelab & Flouze Industries, l’entreprise où j’exerce mes talents, ils sont tous dans les 36 %. Lors du dernier Codir, le DAF a critiqué la pauvreté des applications de reporting (si c’est pour reporter des pertes), la DRH a déploré un manque d’outils pour gérer les talents et les hauts potentiels (qui sont souvent comme les hauts fourneaux : complètement allumés en permanence). La direction logistique s’est lamentée des stocks perdus faute de consolidation des données. Quant à la direction marketing, elle a réclamé la refonte globale du système de CRM, qui, comme chacun sait, signifie « Comment Ramener la Monnaie ». Ils en ont profité, les bougres, pour lister tout ce qui n’allait pas, sans reconnaître leurs responsabilités. Résultat : je me suis fait aligner  !

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Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud est le pseudonyme du DSI d’un grand groupe industriel français. Il nous livre en exclusivité ses réflexions sur son métier et les technologies de l’information.

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