Le management du digital
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Avant, j’étais DSI. Mais ça… c’était avant !

Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais, dans les dîners en ville (eh oui, il m’arrive de sortir, malgré le travail harassant qui pèse sur mes frêles épaules), j’ai de moins en moins honte d’avouer mon métier. Face à des interlocuteurs qui ne vous connaissent pas, c’est toujours périlleux de révéler cette profession.

Au pire, on passe pour un looser, au mieux, pour quelqu’un qui, à l’image de centaines de milliers d’autres, se pare du titre de manager sans que l’on sache s’il est arrivé là par hasard ou par piston. Mais en moins bien, puisque l’on n’est pas devenu DAF, DRH ou DG.

Il y a encore cinq ans, le premier qui reconnaissait, même en baissant la voix, qu’il était DSI devait :

1. Expliquer ce que signifie le sigle. À ceux qui ont la fibre productiviste et pensent que cela veut dire « directeur des services industriels », à ceux qui, versés dans les RH, sont certains que cela signifie « département social des intérimaires », aux petits malins qui se croient drôles en affirmant que DSI veut dire « direction sans intérêt » et au reste qui n’en a jamais entendu parler... C’est déjà une première épreuve.

2. Répondre aux inévitables questions sans intérêt, du style : « J’ai lu dans un article du Figaro Madame que Windows 8, c’est vraiment mieux que Windows 7 : c’est vraiment vrai ? » (franchement, on s’en fout...), « Est-ce qu’il faut éteindre l’imprimante quand ça imprime pas ? » (il n’a qu’à se débrouiller...) ou, pour les amateurs de science-fiction, la question qui plombe l’ambiance : « Qu’est-ce vous en pensez, vous qu’êtes expert, de l’évolution de l’informatique, qu’est-ce qu’ils vont nous inventer encore ? » Si je le savais, je deviendrais consultant à 4 000 euros par jour à débiter des conférences à la chaîne dans des colloques internationaux tous frais payés. Les plus téméraires essaieront de vous entraîner dans la pièce à côté pour que vous les aidiez à jeter un coup d’œil sur le paramétrage du dernier disque dur externe acquis par leur progéniture...

3. Justifier pourquoi ses collègues de promo ont mieux réussi puisqu’ils travaillent dans la finance, la pub, les ressources humaines ou le marketing, voire les directions générales, fonctions par définition beaucoup plus nobles que « l’informatique », repaire de ceux qui n’étaient pas assez intelligents pour des professions intellectuelles, mais qui l’étaient assez pour bricoler de la quincaillerie, fût-elle dernier cri.

Mais ça, c’était avant... Maintenant (attention, je chausse mes lunettes pour faire sérieux, comme dans la pub...), la direction des systèmes d’information est devenue la fonction la plus importante dans l’entreprise (numérique, l’entreprise, insistez-bien sur ce point). Et ça, ça en jette ! Bien évidemment, pour assurer dans les dîners en ville, il faut un minimum : d’abord, dire que l’on fait partie du comité de direction ou, mieux, du comité exécutif, ou, mieux encore, du conseil d’administration (pour les plus téméraires). Ça cloue le bec des trois quarts de vos interlocuteurs qui n’y sont pas et qui savent très bien pourquoi : parce que l’on n’a pas ou peu besoin d’eux pour faire tourner l’entreprise ! Ensuite, pouvoir démontrer que n’importe quel collaborateur de l’entreprise n’est rien sans le système d’information. Et c’est qui le patron du système d’information ? Là, vous susciterez une admiration sans bornes, surtout si vous agrémentez votre propos de quelques anecdotes croustillantes sur les utilisateurs que vous avez, vous et vos équipes, sauvés de la noyade numérique grâce à votre talent et votre vision (bon, n’en faites pas trop quand même sur la vision...).

Enfin, agrémentez le tout d’une pincée de regrets face à la pénurie de compétences et insistez sur le fait que les systèmes d’information sont les plus grands pourvoyeurs d’emplois et le seront de plus en plus dans les années à venir. Tous vos interlocuteurs, surtout ceux qui sont sur un siège éjectable, éprouveront un frisson d’angoisse, et admireront votre position stratégique. Et les plus exposés regretteront de n’avoir pas suivi votre voie. Attention toutefois : il faut éviter de trop s’apesentir sur le passé. Vous savez, le temps où le DSI n’était certes pas au comité de direction, mais avait un job plutôt tranquille (pas avec les turpitudes de l’entreprise numérique), plutôt bien payé, avec des équipes sympas qui faisaient le boulot, et bénéficiait d’une certaine stabilité d’emploi. Mais ça, c’était avant...

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Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud

Olivier Séhiaud est le pseudonyme du DSI d’un grand groupe industriel français. Il nous livre en exclusivité ses réflexions sur son métier et les technologies de l’information.

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